Comme sur les podiums olympiques ou en coupe de France de football, il est des surprises que l’on n’attendait pas. Des petits poucets qui défient les grands, et parfois les battent. Dans le secteur du stockage d’électricité, la sensation vient de Bulgarie. Ce pays du sud-est de l’Europe, aux 6,4 millions d’habitants, est aujourd’hui le numéro un mondial du stockage de l’électricité. Pas en volume, car il reste loin derrière des géants comme la Chine ou les Etats-Unis. Mais rapporté à la taille de son réseau, le pays peut stocker près d’un quart de sa capacité électrique. Personne ne fait mieux.
La Bulgarie assiste depuis deux ans à un vrai boom des batteries… Sans l’avoir vraiment prévu. Dans sa feuille de route énergétique, le gouvernement espérait atteindre 1,28 gigawatt (GW) de stockage à horizon 2030. Or, selon les données les plus récentes de l’association européenne des gestionnaires de réseau (Entso-e), la capacité installée atteint désormais 5,4 GW. Elle a même augmenté de 1 GW – l’équivalent d’un réacteur nucléaire – rien qu’entre juillet et août, relève la publication bulgare Capital.bg. Et ce n’est qu’un début : d’après ces mêmes experts, le pays pourrait tutoyer les 7 GW dès la fin de l’année. De quoi rendre jaloux bon nombre de voisins européens qui rêveraient d’un développement si rapide.
Plusieurs raisons expliquent ce succès. Le triplement de la production d’énergie solaire entre 2022 et 2025, couplée à la chute spectaculaire du coût des batteries, a rendu l’investissement extrêmement rentable. „Il est en moyenne amorti en trois ans, explique Martin Vladimirov, directeur du programme Energie et Climat au Centre d’études sur la démocratie (CSD), basé à Sofia. Dans les pays où les énergies fossiles pèsent lourd dans le mix électrique, les écarts de prix peuvent être considérables. Les opérateurs de batteries achètent donc une électricité bon marché dans la journée et la revendent le soir avec une marge très confortable. C’est comme avoir un distributeur de billets dans son jardin.” La Bulgarie figure ainsi, selon le cabinet Aurora Energy Research, parmi les trois pays les plus attractifs d’Europe sur ce marché.
Un vaste programme de subventions, baptisé Restore, a également permis d’accompagner les développeurs. Et pour ne pas laisser filer les fonds européens, soumis à des échéances, les autorités ont fait preuve d’une grande souplesse administrative.” Tout a été mené au pas de charge. Des projets sont réalisés en six ou huit mois, là où il faut habituellement trois ou quatre ans dans d’autres pays”, indique Martin Vladimirov. „La Bulgarie montre à quelle vitesse le déploiement des batteries peut changer d’échelle lorsque les politiques publiques l’accompagnent”, confirme Kostantsa Rangelova, analyste pour le groupe de réflexion Ember.
La nouvelle „batterie des Balkans”
L’essor des batteries, lié à celui des énergies renouvelables, présente de multiples avantages. En premier lieu : accélérer la transition énergétique. Elles concurrencent directement les centrales à gaz grecques, qui fournissaient jusqu’alors beaucoup d’électrons en été, et accélèrent le recul du charbon, déjà bien entamé. Cette évolution est particulièrement visible sur le site de Maritsa East 3. Construite sous le régime communiste, celle qui fut autrefois la deuxième plus grande centrale à charbon du pays accueille dorénavant un parc de batteries, qui profite du point de raccordement au réseau.
En plus de verdir le pays, ces installations ont joué un rôle crucial cet été. Pour l’économie bulgare tout d’abord, puisque les prix de gros de l’électricité ont baissé en moyenne de 15 % par rapport à la même période l’an dernier, note Martin Vladimirov. Pour les Etats voisins ensuite, touchés par une sécheresse extrême. Le niveau historiquement bas du Danube a provoqué l’arrêt forcé de centrales nucléaires, pourtant cruciales pour l’approvisionnement en énergie de la région. „La Bulgarie a été un grand secours pour la Roumanie en exportant son électricité”, rappelle Kostantsa Rangelova. La Hongrie en a également profité. Véritable béquille énergétique, la Bulgarie hérite d’un nouveau statut : celui de „batterie des Balkans”.
Ce titre, flatteur, s’accompagne de défis. Le développement de l’éolien, actuellement marginal dans le pays, améliorerait encore le modèle économique des batteries. L’exemple bulgare pourrait surtout devenir un cas d’école pour toute l’Europe s’il parvenait à apaiser les craintes concernant une potentielle „cannibalisation” des prix, c’est-à-dire la réduction des marges des opérateurs à mesure que le nombre de batteries augmente. „Pour être rentables, elles doivent être utilisées de façon intensive en intervenant à la fois sur les marchés de l’énergie et sur ceux des services rendus au système électrique, affirme Kostantsa Rangelova. Cumuler plusieurs sources de revenus permettrait d’exploiter pleinement leur potentiel.” Et à la Bulgarie de garder sa pole position dans le domaine.
En bref
- Ce pays du sud-est de l'Europe, aux 6,4 millions d’habitants, est aujourd’hui le numéro un mondial du stockage de l'électricité.
- C’est comme avoir un distributeur de billets dans son jardin." La Bulgarie figure ainsi, selon le cabinet Aurora Energy Research, parmi les trois pays les plus attractifs d’Europe sur ce marché.Un vaste programme de subventions, baptisé Restore, a également permis d’accompagner les développeurs.
- Construite sous le régime communiste, celle qui fut autrefois la deuxième plus grande centrale à charbon du pays accueille dorénavant un parc de batteries, qui profite du point de raccordement au réseau.En plus de verdir le pays, ces installations ont joué un rôle crucial cet été.
Source : www.lexpress.fr





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