Peut-on trébucher deux fois sur le même obstacle ? La probabilité paraît faible. Edouard Philippe, pourtant, semble vouloir démontrer le contraire. Son embûche, comme celle de tous les modérés, s’appelle le mur du son. Il devient urgent de le gravir, et d’en triompher. Pour cela, inutile de crier, il faut partir à point. Déceler l’instant idéal, celui qui offre à une annonce l’écho espéré. Puis, percuter. Intéresser les esprits préoccupés. A sa façon bien sûr, sans radicalité mais avec témérité.
A contretemps : mardi 29 septembre, Edouard Philippe publie une vidéo sur Youtube pour dévoiler son projet de réforme des retraites. „Parce qu’il est temps d’en parler calmement, sérieusement, sans caricature.” Départ à 65 ans, avec 45 années de cotisation, „pour les Français qui le peuvent”. Le jour de la mobilisation des fonctionnaires contre le gel du point d’indice. Le lendemain, aussi, de la parution de l’enquête de Mediapart sur les propos antisémites de Jordan Bardella. Bref, „certainement pas le moment pour dégainer”, lui glisse un fidèle. Mais temporiser, aux yeux de l’ancien Premier ministre, c’est déjà renoncer. Il n’est pas né l’événement qui lui dictera son calendrier. Résultat : 54 000 vues en trois jours. Qui entend le candidat ?
„Je suis frappé par la radicalité”
Quand ce n’est pas le tempo, c’est le message lui-même qui se cogne contre la barrière sonique. Départ à 67 ans, défendu cinq ans auparavant. A l’époque, gros titres, scandale pour les uns, audace pour les autres. A présent, 65 ans, deux ans de moins et c’est presque le silence. La politique est injuste, notre époque encore plus ; voici l’annonce, en quelques heures, balayée par l’actualité tourmentée. „Je suis frappé par la radicalité”, répète, abasourdi, Edouard Philippe à ceux qui l’entourent. Pour celui qui refuse – et cela l’honore – de céder à la facilité, à l’offensive ou à la polémique facile, c’est un choc de constater qu’il vaut mieux provoquer que dire la vérité.
C’est un monde qui s’effondre, le sien, et ses soutiens, souvent faits du même bois, n’en mènent pas plus large. „On est les moins-disants parce qu’on est les adultes dans la pièce”, se rassure Clément Tonon, chargé de rédiger le programme. „Il représente le vote rationnel par excellence”, ajoute Maud Bregeon. Tandis qu’un autre de ses plus proches regrette : „Aucun objet thématique n’imprime dans cette campagne.” Et c’est là que le bât blesse.
„Il faut que tu fasses un peu rêver”
Qui peut espérer l’emporter en parlant „d’objet thématique” ? Le même constate d’ailleurs avec lucidité que s’ouvre une pré-campagne „d’incarnation et de valeur”, à hauteur d’individu. Le pouvoir d’achat, la fiche de paie, le coût du logement, l’état de notre école, la vétusté de nos hôpitaux… Tout dans le pays et dans ses grondements semble indiquer que le vainqueur sera celui qui saura décrypter le réel avec les lunettes et les mots du quotidien.
„Tu prends plaisir à faire cette campagne ?”, lance l’un de ses amis à l’intéressé. „Pas encore…” Autour d’Edouard Philippe, on s’inquiète. Parce qu’il a du flair et des angoisses. En témoigne cette façon parfois frénétique de griller cigarette sur cigarette, lui que l’on connaît d’ordinaire presque non-fumeur. Le Havrais sent bien le décalage entre ses intentions, sa détermination, et l’impression que sa modération et sa raideur laissent chez les Français. Gérald Darmanin lui a déjà seriné : „Il faut que tu fasses un peu rêver !” A cette injonction, en petit comité, Edouard Philippe répond par sa volonté de „trouver un projet fédérateur”. Quant à l’horizon, il était extraordinaire : on ne le voyait plus.
En bref
- "Je suis frappé par la radicalité", répète, abasourdi, Edouard Philippe à ceux qui l’entourent.
- Tandis qu’un autre de ses plus proches regrette : "Aucun objet thématique n’imprime dans cette campagne." Et c’est là que le bât blesse."Il faut que tu fasses un peu rêver"Qui peut espérer l’emporter en parlant "d’objet thématique" ?
- Gérald Darmanin lui a déjà seriné : "Il faut que tu fasses un peu rêver !" A cette injonction, en petit comité, Edouard Philippe répond par sa volonté de "trouver un projet fédérateur".
Source : www.lexpress.fr






Un comentariu