Prima pagină / NEWS / Présidentielle 2027 : ce que les candidats qui veulent taxer les riches oublient de vous dire

Présidentielle 2027 : ce que les candidats qui veulent taxer les riches oublient de vous dire

Dès novembre 2025, Gabriel Zucman annonçait la couleur : la fiscalité des „ultra-riches” serait „un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027 en France”. Un an plus tard, le père de la désormais célèbre „taxe Zucman” compte bien peser dans la campagne pour transformer l’essai. Après Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil, 2025), l’économiste star de la gauche s’apprête à publier Contre l’oligarchie mondiale, le manifeste de Paris (Seuil). Pour accompagner la sortie de ce nouveau plaidoyer, il organise même un „Sommet contre l’oligarchie internationale”, avec Thomas Piketty et Joseph Stiglitz. Prévu le 21 novembre au théâtre de la Concorde, à Paris, l’évènement devrait accueillir son lot d’invités prestigieux, à l’instar de Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, représentants les plus en vue de la gauche de la gauche américaine.

La baguette magique ?

A l’approche de cette nouvelle offensive médiatique, Gabriel Zucman peut déjà compter sur le soutien d’une partie du champ politique français. En ce début de campagne, placé sous le signe de la contrainte de la dette, qui s’est envolée à 119 % du PIB en juin 2026 – du jamais vu depuis 1946 -, nombreux sont les prétendants à l’Elysée à voir dans la taxation des riches et des „grandes entreprises” une solution miracle. Pour retrouver une marge de manœuvre budgétaire, Jean-Luc Mélenchon a par exemple proposé, aux universités d’été de La France insoumise, de faire „payer l’impôt aux dizaines de milliers de grandes fortunes et aux multinationales qui n’en payent pas”, et d’instaurer une „taxe sur les superprofits”.

Une formule qui présente l’intérêt de se décliner sur presque toutes les thématiques. La patronne des écologistes, Marine Tondelier a ainsi plaidé pour une „abolition des privilèges climatiques”. Dans une tribune publiée le 3 aout dans Libération, elle proposait de „faire enfin contribuer celles et ceux qui polluent le plus et profitent le plus : instaurer un ISF climatique, supprimer les niches fiscales fossiles, taxer les superprofits des entreprises pétro-gazières et du transport maritime pour financer la transition écologique et permettre à chacun de vivre dignement dans un monde qui se réchauffe.”

Il est très tentant de laisser penser que l’on pourra ajuster nos finances publiques en mettant à contribution uniquement une petite partie de la population.

Victor Fouquet

Même son de cloche chez le communiste Fabien Roussel, pour qui le péril climatique, la hausse des prix de l’énergie, l’inflation, la précarité étudiante ou encore la perte de pouvoir d’achat des retraités seraient tous à mettre sur le dos des plus fortunés. „La poignée de riches pille la France et ce sont les classes populaires, travailleuses qui sont sacrifiées sur l’autel de leurs profits. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que la fin est proche pour tous ceux qui nous font les poches”, a-t-il lancé le 12 septembre à la Fête de l’Humanité. Plus récemment, en pleine crise des carburants, le chef du PCF a dénoncé la „lourde responsabilité” de TotalEnergies, qui se ferait „des marges énormes sur le dos de ces guerres”, et réclame sa „nationalisation-sanction”, en référence au sort de l’entreprise Renault à la Libération pour faits de collaboration. Plus modéré, Raphaël Glucksmann se suffit quant à lui d’une taxation de ses superprofits.

Pour l’économiste Kristian Niemietz, auteur d’une note contre l’impôt sur la fortune pour le think-tank libéral l’Institute of Economic Affairs, cette rhétorique anti-riches „est politiquement facile à porter et psychologiquement séduisante, surtout quand elle est présentée comme une opposition à l’élite et aux puissants”. Une intuition confirmée par les sondages. En septembre 2025, selon Elabe pour BFMTV, 74 % des Français interrogés se disaient favorables à la taxe Zucman et 79 % jugeaient que les milliardaires ne paient pas assez d’impôts. „Face à l’aggravation des comptes publics, il est très tentant de laisser penser que l’on pourra ajuster nos finances publiques en mettant à contribution uniquement une petite partie de la population”, analyse quant à lui Victor Fouquet, docteur en droit et auteur de deux études sur la justice fiscale et la taxe Zucman pour la Fondapol, un think tank libéral.

Une fausse bonne idée

En théorie, donc, le riche a tout du bouc-émissaire idéal. Mais en pratique, alerte Kristian Niemietz, „même si vous taxiez davantage ces centaines de familles ultra-riches, cela serait très loin d’être suffisant pour rééquilibrer les finances publiques. Il y a un problème d’ordre de grandeurs”. Pour la taxe Zucman par exemple, même en retenant les estimations les plus généreuses de Gabriel Zucman lui-même, soit des recettes fiscales de 25 milliards d’euros par an, celles-ci ne couvriraient que 16 % du déficit de 2025 et 0,7 % du stock total de la dette française.

Et encore, selon certains économistes, dont le prix Nobel Philippe Aghion et le président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) Xavier Jaravel, la taxe ne rapporterait pas plus de 5 milliards d’euros. La raison ? Les „ultra-riches”, comme tout agent économique, réagissent aux incitations. En juillet 2025, l’économiste de Berkeley Antoine Lévy expliquait à L’Express qu’à côté de l’exil fiscal, dont l’ampleur fait débat chez les chercheurs, „il y a beaucoup d’autres réponses économiques à l’impôt, souvent négligées parce que moins visibles médiatiquement. Ces réponses incluent le fait de créer moins d’entreprises ou de rester à plus petite échelle, de moins embaucher ou investir, d’accumuler moins et de consommer davantage son patrimoine, etc”. Dans une note, le CAE rappelait, en s’appuyant sur une étude menée sur les pays scandinaves en 2024, que les réponses comportementales des contribuables fortunés „réduisent les recettes fiscales de l’imposition du patrimoine ou des revenus du capital de 74 % par rapport à l’effet „mécanique”, à assiette fiscale constante”.

„Le capital est l’assiette fiscale la plus sensible aux variations de l’impôt, les gouvernements sont contraints, pour des raisons d’efficacité économique et de préservation du tissu productif, de mettre en place des taux relativement bas et d’instaurer tout un tas d’exonérations, d’exemptions et de „niches” fiscales. Cela condamne la taxation du capital des ultra-riches à rapporter peu”, affirme de son côté Victor Fouquet. L’impôt sur la fortune, supprimé en 2018, ne rapportait ainsi que 0,4 % des prélèvements obligatoires. Les droits de succession et de donation, eux, pesaient 21,2 milliards d’euros en 2025, soit 1,6 % du total. Ce n’est pourtant pas faute de taxer : la France figure déjà parmi les pays de l’OCDE qui imposent le plus lourdement les hauts revenus, le capital, les entreprises et les successions.

Pire, ces impôts seraient tout aussi inefficaces pour réduire les inégalités. „On a des impôts qui donnent l’impression d’être très progressifs et redistributifs. Mais en réalité, un impôt à faible rendement a une portée redistributive très réduite”, précise Victor Fouquet. Selon les chiffres de l’Insee, l’actuel impôt sur la fortune immobilière ne représente que 0,6 % de la réduction des inégalités de niveau de vie opérée par la redistribution monétaire, contre 31,7 % pour l’impôt sur le revenu.

Les sujets qui fâchent…

Il reste que la question de l’équité fiscale est légitime : selon une note de l’Institut des politiques publiques, les 0,0002 % des foyers les plus fortunés acquittaient en 2016 l’équivalent de 26 % de leur revenu économique en impôts, contre 46 % pour les 0,1 % les plus aisés.

Si vous croyez aux baguettes magiques, vous n’avez pas besoin de prendre des potions douloureuses, qui consistent en la matière à s’attaquer à la réduction des dépenses sociales.

François Ecalle

Mais cette donnée ne devrait pas suggérer que la France est un pays où règne une „injustice fiscale généralisée”, précisait encore dans nos colonnes Antoine Lévy : „En 2019, l’Insee a montré que 57 % des Français étaient bénéficiaires nets de la redistribution. Autrement dit, que plus de la moitié de la population française reçoit davantage de prestations qu’elle ne paie d’impôts. Autre donnée assez frappante, avant redistribution, le niveau de vie des plus riches est 18 fois supérieur à celui des plus pauvres, contre 3 fois après redistribution. D’autres études montrent que 10 % des foyers les plus aisés s’acquittent de plus des trois quarts de l’impôt sur le revenu”.

La concentration du débat sur la taxation des plus riches présente l’immense avantage, pour les candidats, de pouvoir botter en touche sur les sujets politiquement sensibles. „Si vous croyez aux baguettes magiques, vous n’avez pas besoin de prendre des potions douloureuses, qui consistent en la matière à s’attaquer à la réduction des dépenses sociales”, observe François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et fondateur de Fipeco, un site spécialisé dans les finances publiques. „On ne pourra pas répondre au défi de l’assainissement des finances publiques par la simple réduction du train de vie de l’Etat ou l’augmentation de la fiscalité des ultra-riches. Notre endettement est avant tout un endettement social”, abonde Victor Fouquet, lecteur attentif du dernier livre de Nicolas Dufourcq. Dans La dette sociale de la France : 1974-2024 (Odile Jacob, 2025), le patron de la Banque publique d’investissement montre notamment que, depuis 1975, les trois quarts de l’augmentation des dépenses publiques viennent des prestations sociales. En 2024, la protection sociale et la santé absorbaient ainsi 57 % de la dépense publique, selon l’Insee.

Reste que pour François Ecalle, les efforts nécessaires pour „simplement stabiliser la dette publique à 125 % du PIB” sont „si considérables” que cela „ne pourra passer par les seules économies”. Dans les pays qui ont redressé leurs comptes, la baisse des dépenses s’est en effet souvent accompagnée d’une hausse des prélèvements obligatoires, à hauteurs d’un quart à un tiers de l’effort, rappelait en juin la Cour des comptes. Encore faut-il, prévient Victor Fouquet, que cette hausse se concentre sur les „bons impôts”. Traduire : des impôts à haut rendement et à moindre coût économique, comme la TVA ou la CSG, qui représentent à elles deux 42 % des recettes fiscales en France. A partir de 2011, le Portugal a redressé ses comptes publics grâce, entre autres, à une hausse de la TVA.

Nul doute qu’une telle politique fiscale, en France, serait perçue comme „antisociale” et „anti-redistributive”. Pourtant, nous assure Victor Fouquet, c’est le choix qu’a fait le Danemark, ou l’Etat providence est très développé : „ils ont un taux unique de TVA à 25 %, ce qui leur permet de maximiser les recettes fiscales, puis de redistribuer ensuite. En France, on fait exactement l’inverse et l’impôt est vu, à tort, comme un instrument de lutte contre les inégalités”. Pas sûr que la proposition sera débattue lors du „sommet contre l’oligarchie internationale”, le 21 novembre.

En bref

  • Dès novembre 2025, Gabriel Zucman annonçait la couleur : la fiscalité des "ultra-riches" serait "un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027 en France".
  • Cela condamne la taxation du capital des ultra-riches à rapporter peu", affirme de son côté Victor Fouquet.
  • D’autres études montrent que 10 % des foyers les plus aisés s’acquittent de plus des trois quarts de l’impôt sur le revenu".La concentration du débat sur la taxation des plus riches présente l'immense avantage, pour les candidats, de pouvoir botter en touche sur les sujets politiquement sensibles.

Source : www.lexpress.fr

Un comentariu

Lasă un răspuns

Adresa ta de email nu va fi publicată. Câmpurile obligatorii sunt marcate cu *